L’Afrique, un autre regard sur le développement

Parlant du développement aujourd’hui, on pense inéluctablement aux rôles d’acteurs. Des acteurs qui sont considérés comme les mieux placés, les mieux connus par des institutions de financement ou de développement. En un mot par les institutions de Breton Wood. On pense à l’existence d’un gouvernement international. Il s’agit de types chefs d’États habitués aux politiques publiques internationales (FMI/BM). Des chefs d’États mieux connus sur l’échiquier international. On pense également à la société civile, un mot extraordinairement cliché dans la théorie de la pensée politique. Il signifie contre avec l’État, contre avec le secteur privé, contre avec les entreprises, contre avec les politiques. D’où la dualité qu’il va falloir résoudre tout le temps. Il est extraordinairement promu par la Banque Mondiale (BM) .
En effet, ces pensées sont de nature à faire du développement comme une catégorie qui reçoit. Comme dire que le développement est un concept qui serait venu du Nord. Il est question de se départir d’un tel point de vue. Car, on le justifie par le projet colonial et ses justifications. Voir l’invention du développement comme une invention coloniale. En atteste le fameux discours de Jules Ferry en 1885 « ….c’est le côté humanitaire et civilisateur de la question… Les races supérieures ont un droit vis-à-vis des races inférieures. Je dis qu’il y a pour elles un droit parce qu’il y a un devoir pour elles. Elles ont le devoir de civiliser les races inférieures… ». Dans le même ordre d’idée, le ralliement du catholique à la République n’a fait l’ombre d’aucun doute « la mission civilisatrice ». C’est donc l’entreprise coloniale qui crée sa propre pensée “toute situation coloniale crée sa propre pensée”. Pour Jules Ferry, « le colonialisme est un système ».
Par rapport à la question de l’invention du développement en situation coloniale, on commence à parler des mises en valeur des territoires coloniaux. Une technologie de l’intervention sur les sociétés africaines dans les années 10 et 30. On parlera à cette époque de colonisation indigène. Dans les années 20 et 40, les français vont développer un modèle de développement sur la famille nucléaire et sur la forte densité des familles de développement « exportations agricoles » « transformer les indigènes en bons agriculteurs », « culture de coton,…développement de l’agriculture extravertie ». D’où, les politiques de développement agricole en Afrique. Bien que Jean Pierre CHAUVEAU dira le contraire à travers son ouvrage sur « Racines agraires et foncières des conflits en Côte d’Ivoire et en Afrique ». « Domaines … La crise de la ruralité en Côte d’Ivoire forestière ».
Le n°111 de Politique Africaine contient un article de Jean-Pierre CHAUVEAU et Paul Richards intitulé « Les racines agraires des insurrections ouest-africaines. Une comparaison Côte d’Ivoire-Sierra Leone ». En voici le résumé :
« Quelle est la place de la dimension agraire dans les guerres civiles récentes en Afrique de l’Ouest ? La comparaison entre deux régions de pays en conflit (le centre-ouest de la Côte d’Ivoire et l’est de la Sierra Leone) indique que les jeunes mobilisés proviennent de groupes marginalisés dans les institutions agraires locales. Mais dans le cas ivoirien, la violence est d’abord dirigée contre les populations d’origine étrangère à la région, dans un mouvement de défense des institutions communautaires autochtones, alors qu’en Sierra Leone, la mobilisation s’attaque aux institutions de la communauté et aux autorités locales. On explique ici ces différences par les variations dans l’organisation lignagère de ces sociétés et par l’histoire du changement agraire. »
Cooper, parlera de développement inégal. Il stipule qu’il va falloir aller vers l’égalité dans les secteurs de santé, éducation, nutrition, eau etc. D’où la naissance du FIDES en 1946 (Fonds d’initiatives de développement économique et social) chargé d’encourager le développement économique des colonies.
En effet, selon FERCUSON, “le développement est un ensemble d’idéologies et de pratiques immunisées aux démentis avec des effets très dépolitisant”. “Variété de pratiques et de réceptions”. Le développement apparaît dès lors comme le thème générique par lequel on distingue d’innombrables activités aux politiques publiques, aux sociales.
De ce débat “colonialisme et développement”, les années 30 débouchent sur une série de théories principalement intitulées “post structuralisme, post colonial et postmoderne. Ces théories remettent en cause les théories précédentes considérées comme des “éléphants blancs”.
Jean François LYOTARD dans son livre “la condition postmoderne” les éditions du minuit, collection critique” s’interroge: “Contribution à la discussion internationale sur la question de la légitimité : qu’est-ce qui permet aujourd’hui de dire qu’une loi est juste, un énoncé vrai ? Il y a eu les grands récits, l’émancipation du citoyen, la réalisation de l’Esprit, la société sans classes. L’âge moderne y recourait pour légitimer ou critiquer ses savoirs et ses actes. L’homme postmoderne n’y croit plus. Les décideurs lui offrent pour perspective l’accroissement de la puissance et la pacification par la transparence communicationnelle. Mais il sait que le savoir quand à lui, devient marchandise informationnelle est une source de profits et un moyen de décider et de contrôler. Où réside la légitimité, après les récits ?
Dans la meilleure opérativité du système ? C’est un critère technologique, il ne permet pas de juger du vrai et du juste. Dans le consensus ?
Mais, l’invention se fait dans le dissentiment. Pourquoi pas dans ce dernier ? La société qui vient relève moins d’une anthropologie newtonienne (comme le structuralisme ou la théorie des systèmes) et plus d’une pragmatique des particules langagières. Le savoir postmoderne n’est pas seulement l’instrument des pouvoirs : il raffine notre sensibilité aux différences et renforce notre capacité de supporter l’incommensurable. Lui-même ne trouve pas sa raison dans l’homologie des experts, mais dans la par alogie des inventeurs.
Et maintenant : une légitimation du lien social, une société juste, est-elle praticable selon un paradoxe analogue ? En quoi consiste celui-ci ?”. Ne nous trouvons-nous pas dans cet état aujourd’hui avec les OMD que l’on peut qualifier de “consensus mou”. Cela est illustré par « L’Orientalisme » d’Edward Saïd. Sa thèse se résume comme suit dans les classiques du 01/02/2005 par Pierre Chauvin dans mensuel n°295 à la page 114 “Un appel vibrant au retour de l’humanisme, seul moyen de dépasser les préjugés racistes et religieux.
La thèse:
Très simple, la thèse de l’orientalisme est inscrite clairement dans le sous-titre : l’« Orient » entendons le Proche-Orient arabo-islamique, anciennement soumis à l’Empire ottoman est une création factice des Européens, mise en place dès le début du XIXe siècle et toujours fonctionnelle. Le but, à peine voilé, de ce concept, est de simplifier la conquête des pays arabes ou la mainmise sur leurs richesses par les Anglais et les Français d’abord, par les Américains ensuite en leur fournissant des schémas faux mais légitimant et efficaces.
Pour démontrer cette thèse, Edward Saïd procède à une confrontation générale des discours des Occidentaux sur cet « Orient » fabriqué. Tout commence en 1798 avec l’expédition d’Égypte de Bonaparte. Pour Edward Saïd, les études scientifiques produites à cette occasion ne sont rien d’autre que le premier acte d’un savoir colonial : la Description de l’Égypte, publiée à la suite de l’expédition, ouvre la voie à la conquête d’Alger en 1830. La schématisation est ici manifeste. Mais, s’il est aisé de mettre en évidence les présupposés racistes d’un Renan, la tâche est plus difficile avec un Louis Massignon, même s’il manie lui aussi les concepts d’« aryen » et de « sémite ». Au détour d’une phrase à l’ironie amère, Edward Saïd montre néanmoins comment Louis Massignon projette sur la réalité ses obsessions de Français catholique : « Quand des sionistes se sont emparés de villes et de villages arabes, c’est la sensibilité religieuse de Massignon qui s’est trouvée blessée. »
En d’autres termes, les orientalistes européens du XIXe siècle n’ont pris aucun intérêt aux hommes de l’Orient, toujours considérés d’un point de vue religieux ou délaissés au profit d’un savoir livresque ; dans les deux cas, ceux-ci étaient désincarnés. Ceux mêmes des orientalistes qui se sont le plus immergés dans la culture des pays qu’ils étudiaient, Lane en Égypte ou Burton en Arabie, sont restés à distance, isolés par leurs préjugés ou leur duplicité.
Edward Saïd cherche à établir comment tous sont victimes des mêmes préjugés, érudits de cabinet, observateurs de terrain, hommes de lettres et artistes.
Même Victor Hugo, pourtant capable ailleurs d’une grande générosité, est beaucoup plus proche du dénigrement de Chateaubriand que de l’enthousiasme de Goethe. La préface qu’Edward Saïd écrivit, quelques semaines avant de mourir, pour une réédition d’Orientalisme renferme un appel vibrant à un retour à l’humanisme, dans lequel il voit le seul moyen de dépasser ces caractérisations globales, arbitraires et souvent haineuses de l’autre « arabo-musulman ».
Qu’en reste-t-il ?
Le talent de l’auteur et la richesse des matériaux donnèrent à L’Orientalisme une grande influence. Publié à un moment, la fin des années 1970, où l’échec des décolonisations était patent et où les chercheurs s’interrogeaient sur leurs responsabilités, le livre d’Edward Saïd proposait une interprétation culpabilisante bien dans l’air du temps. Pourtant, on pouvait rétorquer à l’auteur que son « orientaliste » était aussi artificiel que l’ « Orient » qu’il dénonçait.
En effet, l’orientalisme désigne d’abord un type de formation, passant par la porte étroite de l’initiation linguistique, qui demande temps et abnégation. Mais on peut aussi le voir comme un amalgame de savoirs premiers et dérivés, d’objectivité et de création littéraire, d’études extérieures et de plongées dans le milieu… C’est ce dernier qu’Edward Saïd a discrédité. Discrédit qui, cependant, a rejailli sur l’orientalisme savant. Mais, si l’auteur déteste certains orientalistes, c’est parce qu’ils contribuent au « choc des civilisations » que l’on n’appelait pas encore comme cela en 1978. Son livre est au fond une demande angoissée de reconnaissance, plus qu’un pamphlet contre la science occidentale”.
Pour Foucault, “…il existe une relation directe matérielle entre le processus du colonialisme.
De ces descriptions, il ressort qu’assez d’auteurs se sont penchés sur la question. Et, il ressort assez clairement que la théorie du post colonial est marquée par des mutations aussi bien par les colonies que par les métropoles mais, aussi, que le colonialisme a connu des adversaires radicaux comme:
Ahmad A. qualifie la théorie post coloniale comme une nouvelle manifestation de la volonté de l’occident à vouloir coloniser le monde. Il met en cause les sciences sociales occidentales, qu’il considère comme des théories de domination tout comme les sciences expérimentales/exactes comme le cas des vaccinations considérées pour les indiens comme une forme de domination.
Toutes ces perceptions ont fait du développement une impasse qui, pourtant résiste à ces critiques par le fait qu’il s’en sert pour registre. Les années “60” sont marquées par l’indépendance des pays africains (colonies africaines).
Notre regard sur le développement en Afrique nous impose de saisir quelques maux qui caractérisent la marche vers le développement «la corruption”. Suivre des intérêts autres par rapport à sa position. Un ensemble de comportements non sanctionnés par le Droit. L’enrichissement personnel n’est qu’un aspect de la corruption. Le degré de sensibilité est variable selon les sociétés, les cultures. L’enjeu de la qualification de l’État africain est une pensée normative de l’État. Réfléchir à la corruption c’est réfléchir à l’Etat et à sa formation.
Quatre (4) points importants à souligner:
1. Accaparement des ressources de l’Etat (l’Etat comme lieu de production de la richesse). En atteste le livre “L’économie morale de la corruption en Afrique” et “L’Afrique des individus de Alain Marie”.
2. Historicité de la corruption Afrique
Il s’agit de penser à des moments historiques et représentations de la corruption en Afrique. Une histoire longue de la richesse et de la redistribution des richesses sur le continent africain. Avant la colonisation le pouvoir avait le contrôle des richesses. Mais, une histoire aussi coloniale. La bureaucratie coloniale, va servir l’administration coloniale, des privilèges seront accordés aux uns par rapport aux autres, une administration qui fermait les yeux sur l’accaparement des richesses par ceux qui lui sont fidèles.
3. Culturalisme et jugements moraux de la corruption
Une façon de produire de la légitimité. On pense qu’un bon dirigeant c’est le distributeur de la richesse, vécue comme signe extérieure de la vertu intérieure. Le devoir de prendre en charge “le registre des petits”.
4. La lutte contre la corruption comme lutte du gouvernement
Dès lors, on voit une bivalence entre corruption, richesse et démocratie. Cependant, il existe une transaction collusive “fermer les yeux sur des pratiques perçues dans un secteur dont on choisit de ne pas voir ou de ne pas dénoncer. Ce qui favorise la légitimité. L’Afrique a été clientélisée par la rente de la guerre froide et de la démocratie. C’est de dire “tel pays est notre partenaire, allié ou démocratique” par les occidentaux” pour s’en passer du drame de la corruption comme condition de partenariat ou pas, pourtant essentielle comme moyen de lutte.
Des modèles explicatifs
Le « néo-patrimonialisme »
Les États africains offrent à l’extérieur l’apparence d’un État bureaucratique, cet État imposé par le colonisateur, mais à l’intérieur de cette coquille, les détenteurs du pouvoir continuent à recourir à des formes de domination patrimoniale (liens de clientèle, etc.).

Pour Médard le néo-patrimonialisme est une variante du patrimonialisme. À l’instar de l’idéal type wébérien du patrimonialisme, les États africains présentent tous les traits du patrimonialisme en termes de contrôle des ressources par le chef de l’État en recourant aux techniques de l’allégeance et de la soumission. La différence étant que ce mode de domination se situe dans un cadre étatique. Le néo-patrimonialisme correspond donc à une situation de dualisme où l’État se caractérise par un phénomène de patrimonialisation et de bureaucratisation.

Parlant des effets du néo-patrimonialisme sur la démocratie, la thèse de Kane Ismaïla sur le Sénégal en 2009 est illustrative (cf. Thèse ou Mémoire numérique / Electronic Thesis or Dissertation Cycle d’études: Maîtrise/Master’s Programme: Science politique).
L’autoritarisme
Ni totalitarisme, ni démocratie. Cette approche prétend mobiliser la société.
Selon J LINZ, il s’agit d’un système à pluralisme limité mais, non responsable, sans idéologie directrice élaborée, ni volonté de mobilisation financière intensive ou extensive sauf à certain moment de son développement.

Transition démocratique
Phénomène de passage (milieu des années 70) dans le monde, période où le nombre de démocratisation parlementaire a triplé « phénomène du troisième vague ». Des transitions pactées par le haut. Ce modèle nous permet-il d’expliquer les transitions démocratiques en Afrique ?

M. BRATTON, parle de « démocratie en survie » qui consiste à la tenue régulière des élections et le respect de quelques droits politiques. La théorie « transition démocratique » fait l’objet de critique car, parler de transition, c’est parler du processus dont on ne connait pas l’issu. C’est parler du discours politique, un discours de justification.

Les travaux de Béatrice Hibou sur la Tunisie sont illustratifs. L’auteur s’interroge après les deux ans de la chute du président Ben Ali, qui a marqué le début du Printemps arabe. Elle note « Si les Tunisiens jouissent désormais d’une toute nouvelle liberté d’expression, ils souffrent en revanche d’une situation économique et sociale dégradée, avec un taux de chômage de 17% en 2012, selon le FMI ». Or, ce mouvement social a mis en évidence l’incapacité de l’économie à inclure l’ensemble de la population. Selon l’auteur, « le gouvernement, mais aussi bien l’opposition, sont aujourd’hui avant tout engagés dans des débats identitaires et de société… Le gouvernement, et plus précisément les partis dominants, particulièrement Ennahdha, cherchent davantage à maîtriser les rouages de l’administration et à asseoir leur présence dans l’Etat qu’à résoudre les problèmes économiques et sociaux de la population.». C’est dire que l’important est de revisiter les théories des transitions démocratiques en vue de saisir au mieux les transitions démocratiques en Afrique car, la plus part des écrits sont latino-américains. Aussi, faut-il ajouté d’autres facteurs dans l’analyse des transitions démocratiques en Afrique notamment : le statut de l’international. L’international veut dire assez de choses : il signifie la chute du mur de Berlin avec ses effets de décloisonnement, il signifie également des conditionnalités par les pays occidentaux pour habiller leurs intérêts économiques, il signifie aussi des effets d’inspiration, en fin, il signifie à mon avis la possibilité de cooptation des élites par le monde de la gouvernance internationale (élites extraverties).

D’abord, que pouvons-nous retenir de conditionnalités et bonne gouvernance. Des concepts d’une série de mots clés qui porte à réflexion (conditionnalité, société civile, démocratie, capacity building, participation etc.). Des mots considérés comme principes qu’il faut avoir « des bons principes », « bonnes pratiques ». Cependant, il s’agit des mots extraordinairement flous qui permettent difficilement de tomber d’accord. Réfléchir donc ce qui circule politiquement. Or, il est important d’analyser la dépolitisation critique du développement. Ce ne sont pas ces concepts de description du développement mais, de prescription de développement. Exemple : bonne gouvernance de quoi ? On ne dit pas clairement qui est gouverné, qui gouverne ? On insiste juste qu’il faut que çà gouverne. Termes de la BM pour marquer le rapport entre pays du sud et la BM.

En effet, le rapport de la BM révèle que les problèmes ne sont pas à chercher sur les marchés mais, au niveau des gouvernements (rapport de la BM, 1989). On pense que c’est parce qu’il n’y a pas de transparence, il y a corruption etc. Une question par les politiques sans parler de politique. Dans les différents rapports, on voit dire que le développement exige la bonne gouvernance sans dire ce que c’est la bonne gouvernance. Pour Thomas BIERSCHENK, ces concepts sont caractérisés par une espèce d’empilement. Les notions clés ne se substituent les unes aux autres mais, s’empilent. Une espèce d’empilement qui ne donne pas de marges de manœuvre à tous. On appelle donc gouvernement, ce que l’on souhaite (particulièrement avantageux à la BM/FMI car, cela permet d’intervenir dans la façon de gouverner par les pays africains). Société civile, Droits de l’Homme, nouveaux habits du gouvernement international de l’aide. La société civile, une notion philosophiquement clichée. Selon des traditions philosophiques, il s’agit d’une sorte de communauté politique. Se détacher de l’Etat, barbarie, l’église, le marché. Une notion qui sert à respecter un dualisme «l’Etat ne doit pas tout faire » (dans les années 70 et 80). La définition hégélienne de l’Etat qui ne présuppose pas la mise en mouvement de la Raison ou de l’esprit. Pour Hegel, l’Idée ou Esprit représente le maximum développement de la pensée philosophique que l’Humanité ait atteint au cours de l’histoire universelle.

Au sens contemporain, cette notion a une connotation positive en dehors de l’Etat, de la politique partisane en désignant les structures, espaces associatifs comme zone d’expression. En attestent des revendications des altermondialistes. Cependant, on ne peut pas penser société civile sans penser État. On faudrait se méfier d’une telle conception car, c’est l’Etat qui légitime les formes d’associations. Ce que fait la société civile, c’est ce que font aussi les pouvoirs. ARIANE, s’inspirant de l’expérience française souligne qu’en droit des affaires français, une société civile immobilière (SCI) est une société civile, qui a un objet immobilier. Elle est parfois également nommée société de gestion immobilière (SGI). Elle ne saurait être confondue avec la société civile de placement immobilier (SCPI). Elle fait partie des sociétés civiles de patrimoine, qui regroupent les SCI et les sociétés de portefeuille (de gestion de valeurs mobilières). Et, le recours à une SCI permet la détention d’un bien immobilier par plusieurs personnes et peut faciliter la transmission du bien. Cette forme de société exige deux associés minimum au moment de la création. Pour certains il serait possible qu’une SCI se retrouve détenue intégralement par un associé unique au cours de son existence1, tandis que pour d’autres spécialistes l’absence de pluralité d’associés conduirait à une dissolution immédiate et de droit de la société. Il existe une autre forme de société civile immobilière, la SCI de construction vente, elle ne concerne pas les particuliers mais plutôt les professionnels (les promoteurs immobiliers).

En effet, la démarche à retenir est celle-ci : la société civile est une ingénierie internationale de gouvernement qui sert à gouverner. ‘’Ongisation’’ du social comme outil de circulation des normes étatiques, une fabrication pour servir des politiques publiques. Le destin de la valorisation des Droits de l’Homme. Dans l’ouvrage ‘’La Mondialisation des guerres de palis’’, Yves Dezalay et Bryant G. Garth montre à partir d’un travail d’enquête très approfondi sur quatre pays d’Amérique latine ; cet ouvrage propose une analyse concrète des phénomènes de “mondialisation” : il offre une description précise des réseaux personnels et professionnels qui permettent la diffusion internationale de nouvelles politiques et d’institutions étatiques plus conformes aux exigences du marché international et d’une hégémonie politique nord-américaine. Les ressorts de cet impérialisme symbolique sont à la fois antagoniques et complémentaires. Il s’appuie sur la science des ” Chicago Boys “, dont les prix Nobel d’économie ont contribué à légitimer les politiques néo-libérales de Pinochet ; mais il se nourrit aussi d’un idéalisme politique et social, qui s’est employé à dénoncer les abus de ces dictatures militaires en se réclamant des droits de l’homme. Sur fond de guerre froide et d’âpres luttes pour le pouvoir, le Chili et l’Argentine sont devenus ainsi le laboratoire explosif d’une modernité politique, qui se sert d’arguments scientifiques et idéologiques pour imposer un nouvel ordre universel, qualifié – de manière appropriée – de ” consensus de Washington “.

Dès lors, on s’aperçoit qu’il s’agit d’un outil qui marque la victoire contre un certain pouvoir favorable au monde des affaires, la légitimation d’un nouveau consensus de Washington ‘’marché à visage humain’’. Il contribue à fabriquer de nouvelles conditionnalités en fonction des enjeux internationaux. Ce qui fait qu’on retrouve une forme de politisation du développement, du plagiat dans le monde du développement, standardisation des termes comme TDR, PAO etc. un sentiment d’uniformité.

Que font les humanitaires en Afrique ?

En référence à l’histoire longue d’aide au développement (des personnes désireuses, la charité etc.). Au délà de cette approche, on note une particularité liée aux questions de valeurs. Toutes fois, la question de l’humanitaire ne se résume nullement pas à l’Afrique. En attestent le tremblement de terre de Caracas en 1812, secours à la Grèce et à l’Irlande au XIXème siècle. C’est pourquoi, afficher aujourd’hui l’image d’aide humanitaire à l’Afrique n’est qu’iconographique, un alibi (une stratégie de collecte de fonds sur base d’images d’enfants démunis, femmes pauvres etc.). C’est aussi une iconographie liée aux grandes crises (Génocide du Rwanda, Guerre en Somalie, au Soudan etc.). Ces réalités débouchent sur une tournure : le ‘’sans frontaliste’’ français avec la naissance de Médecin Sans Frontière, Médecin Du Monde qui marque la particularité du paysage français par rapport à l’humanitaire dans le monde.
En effet, au Nigeria, lors de la guerre de sécession du Biafra, des médecins français recrutés par la Croix-Rouge française sont horrifiés par le « génocide » auquel ils pensent assister, alors qu’ils se faisaient les « porte-voix » de la propagande des leaders sécessionnistes. Ils décident de créer une organisation médicale d’urgence plus libre de sa parole et de ses actes. Le 21 décembre 1971, un groupe de médecins et journalistes crée l’association Médecins Sans Frontières. Les uns sont des « anciens» du Biafra, les autres se situent dans la mouvance du journal médical Tonus qui lance un appel aux médecins pour porter secours aux victimes d’inondations au Pakistan oriental.
En 1979, des divergences apparaissent à l’occasion de l’opération “Un bateau pour le Vietnam”, Bernard Kouchner défendant l’idée qu’il faut affréter un navire, avec à son bord médecins et journalistes, afin de pouvoir soigner et aussi témoigner des violations des droits de l’homme sur le terrain. Cette opération est jugée trop médiatique par les autres dirigeants. Kouchner et une quinzaine de responsables quittent l’association pour fonder, en mars 1980, Médecins du Monde. C’est ainsi qu’en 1980, une équipe de médecins bénévoles recueille sur le bateau « Île de lumière » des boat people vietnamiens au large de la mer de Chine. Ces médecins sont accompagnés de journalistes et de photographes. Ils veulent soigner, mais aussi témoigner des conditions de vie des plus exclus.
En effet, comme de nos jours, la médiatisation des crises humanitaires est de devenue de plus en plus un outil des acteurs d’aide, d’appui au développement.
Comme le montre Annie Laliberté, c’est « le reportage de la guerre qui a touché la Bosnie-Herzégovine de 1992 à 1995 [qui] a donné la pleine mesure de la capacité des médias à produire un enjeu humanitaire, voire à opérer un changement de sens : après avoir été qualifiée de guerre politique, la crise est devenue une catastrophe humaine. »
On voit, à travers cet exemple, le rôle central des médias dans la production même des « catastrophes humanitaires » en tant que concept mobilisateur et inducteur de discours et de pratiques. Mais, il faut évaluer, à la fois sur un plan politique et moral, les différentes logiques et mécanismes à l’œuvre dans un tel travail.
En premier lieu, la médiatisation de certains problèmes socio-politiques, de certains conflits armés a souvent conduit à la qualification de « crise humanitaire » et cristallisé de fait l’attention des opinions internationales sur ce qui jusqu’à lors ne suscitait pas véritablement ou peu d’indignations. En outre, la médiatisation des crises humanitaires peut aussi être vue, de façon certes cynique, comme un formidable outil d’appel de fonds, de mobilisations de ressources financières et de mise sur pied de toute une économie de la détresse, enrobée de grands principes humanistes, dont vivent de milliers de gens.
En second lieu, elle a aussi parfois contribué à produire une série de stéréotypes, d’images négatives et dévalorisantes, certes fondées en fait pour quelques situations, mais présentées comme un absolu, une situation indépassable, presqu’un destin symbolique de la vie dans certaines régions du monde en conflit, au sud notamment. L’un des points forts du NOMIC (Nouvel Ordre Mondial de l’Information et de la Communication) à l’UNESCO, fut celui-là : renverser le système de représentations, une certaine production de l’information et des discours et images péjoratifs sur le continent africain. Matérialisé par le rapport McBride, il dénonçait également le rapport quantitatif, disproportionné, des outils et lieux de production de l’information dans le monde… Il fut initié par l’ancien Directeur général de l’UNESCO, le Sénégalais Amadou-Mahtar M’Bow … L’histoire nous apprend qu’il connut de nombreuses hostilités, principalement celle des pays du Nord au premier rang desquels les États-Unis. Si ce projet n’a pas atteint les espérances escomptées, il a eu l’avantage de faire réfléchir sur la centralité du rôle stratégique que jouent l’information et la communication dans les relations internationales, dans la production d’une parole ou d’un silence sur l’autre et qui se veut un discours de vérité. Néanmoins, certaines données utilisées à bon échéant alimentent contribuent à la production des normes internationales. Elles justifient l’ampleur de certains phénomènes comme les violences sexuelles dans les situations de conflits, et d’autres formes de violation des droits de l’homme. Malgré ce bond qualitatif, ces données sont plus présentées par des acteurs comme une justification plutôt qu’une prise de mesures correctives.
L’actualité du conflit du Darfour est ici un cas typique de cette production du silence ou du déni. Elle nous renseigne aussi sur la médiatisation des crises humanitaires comme un enjeu stratégique impliquant une concurrence internationale sur des positions géostratégiques et des intérêts économiques entre grandes puissances. De nombreux travaux académiques sont, à ce titre consacrés depuis quelques années, à ce que certains chercheurs appellent « l’inaction de la communication internationale » autour du Darfour, ce que conteste Rony Brauman. On verra que les choses ne sont pas si simples et que l’on peut abondamment parler d’une crise en passant complètement à côté des véritables enjeux…Deux cas précis nous servent d’exemples. Il s’agit du Darfour et d’Haïti.

Cas 1. Le Darfour
La crise au Darfour exemplifie un cas typique de confusion et de gestion de conflits, d’assistance humanitaire et de mobilisation internationale où, sur fond d’intérêts géostratégiques et économiques (Chine, Russie), le silence ou le peu d’intérêt des médias nous révèlent le rôle décisif de ceux-ci dans la priorisation d’une cause ou d’une autre et de son inscription dans l’agenda des préoccupations internationales. Sans remonter, non seulement aux évènements successifs, depuis les années 1970 avec notamment la sécheresse qui a sévi dans le pays, mais aussi aux années 1960 avec les différents conflits ethniques sur le territoire impliquant en partie le voisin tchadien, les acteurs associatifs et les chercheurs considèrent que le conflit du Darfour a véritablement commencé en 2003. Nous n’avons pas le temps de revenir ici sur les raisons de ce conflit mais, on peut dire que celles-ci sont assez polémiques dans le monde universitaire. A ce titre, pendant que Marc Lavergne soutient que la guerre au Darfour n’est nullement un conflit racial entre « arabes » et « Noirs » comme on a pu l’entendre dans divers médias, Bernard Lugan lui, soutient le contraire en se fendant du reste d’une tribune moqueuse contre Lavergne le 29 décembre 2013 sur son site Internet… A partir de 2003 donc, on observe une flambée de violences dans la région, consécutive, selon Sauver le Darfour, à une longue suite d’actes juridiques comme la constitutionnalisation des inégalités avec, par exemple, un décret de 1987 sur la suprématie arabe chargée de « créer la civilisation dans la région »… Il y aurait eu, dès 2003, plus de 30.000 morts dans ce conflit.
Mais, on remarque, ainsi que l’analyse Victor Tanner, qu’« aux États-Unis, le mot Darfour n’est pas apparu une seule fois dans le New York Times en 2003. (…) En France, Le Monde a fait trois rapides références en 2003 – une dans un article sur Marcel Proust et deux autres, brièvement, en décembre, en relation avec les pourparlers de paix entre le Nord et le Sud-Soudan. » Pour des auteurs comme Jérôme Tubiana, c’est en partie ces pourparlers entre le Nord et le Sud, et la perspective de résolution, lors des négociations de Naivasha, d’un conflit vieux de plus de vingt ans, qui a éclipsé le drame qui se déroulait alors au Darfour. Un rapport de l’OMS faisait état de 10.000 décès chaque mois entre la fin de l’année 2003 et octobre 2004 du fait, entre autres, des déplacements, des maladies et de la famine engendrés par la guerre. Aujourd’hui, les différents acteurs impliqués de 20.000 morts par mois. Il faut attendre 2005, avec l’implication de George Clooney et la diffusion en 2006 d’un épisode de la série télévisée Urgences qui sera consacrée au Darfour pour que le temps d’antenne consacré à ce conflit soit quadruplé dans les chaînes de télévision américaine telles que NBC et CBS, etc. De même des actions de lobbying et d’advocacy qu’il entreprendra par la suite, vont contribuer à imposer l’urgence de cette crise dans l’opinion publique américaine où, dirigeants politiques et groupes de pression vont parler de « génocide », accréditant ainsi l’idée selon laquelle le conflit est principalement de nature ethno raciale. C’est d’ailleurs l’explication médiatique dominante et schématique qui présente des arabes extrémistes s’attaquant aux populations noires. Or, selon certains chercheurs et journalistes, la situation est plus complexe et la médiatisation de la crise du Darfour a simplifié les choses à l’extrême, ne permettant pas ainsi d’avoir une vision plus claire des logiques à l’œuvre où, l’articulation des raisons d’ordre écologique et politique, entre autres, a fini par produire une situation chaotique. Jean-Baptiste Onana observe que
« …les médias et les analystes occidentaux ont tendance à ne considérer le Darfour que sous l’angle de la guerre ethnique et du « génocide » d’Africains perpétré par des Arabes. De fait, ce conflit aboutit à des massacres massifs de populations noires sédentarisées. Mais ce serait un raccourci intellectuel que de le réduire à cette dimension ethnique et raciale. Car, d’un certain point de vue, les nomades janjawid sont aussi des Noirs, et les populations noires sédentarisées dans une même mesure arabisées. Sans disqualifier ses autres origines – contentieux entre agriculteurs sédentaires et pasteurs nomades, famines à répétition, manipulations politiques par les autorités –, le conflit du Darfour est sans doute le premier du genre à avoir des causes doublement politiques et écologiques. La sécheresse et l’érosion des sols dont souffre le Nord du pays et qui s’étendent progressivement au Sud ont contribué à la raréfaction des pâturages et des points d’eau, poussant les janjawid à effectuer des razzias en territoire darfourien. » .
David Hoile, qui dirige le Centre de Recherches sur le Soudan à Londres, commentant le journaliste Jonathan Steele, ne dit pas autre chose :
« Le journaliste britannique Jonathan Steele, grand reporter respecté, énumère huit erreurs fondamentales commises par les médias dans leur couverture du Darfour : convoquer de manière incorrecte les origines du conflit ; faire un amalgame entre Darfour et Sud-Soudan ; présenter le conflit comme un affrontement entre Arabes et Africains ; ignorer les racines économiques du conflit ; s’aveugler sur le processus de paix et passer sur les problèmes causés par les rebelles – tout en rejetant sur le gouvernement les raisons d’une absence de progrès ; ignorer l’éclatement du camp rebelle de même que les problèmes humanitaires causés par les rebelles. »

Cas 2. Haïti
Le séisme du 12 janvier 2010 a mobilisé les médias du monde entier qui affluent sur les lieux du tremblement de terre. Un élan de solidarité considérable se dessine ainsi à l’endroit du peuple Haïtien. Il s’agit de marquer l’ampleur d’une crise, de son caractère exceptionnel. Même si au même moment, en juillet 2010 nous souligne Le FIGARO, des pluies diluviennes s’abattent sur le Pakistan, faisant 2000 morts et 20 millions de sinistrés. Une catastrophe sanitaire sans précédent pour ce pays nous rapporte. En effet, on note près de 10.000 ONG qui sont intervenus en Haïti. Le coordinateur de l’action humanitaire en Haïti note que ce pays a été sélectionné pour recevoir une allocation d’urgence de 8 millions de dollars par l’intermédiaire du Fonds central de réponse aux urgences des Nations Unies et plus particulièrement de son volet consacré aux crises sous financées. Selon M. Fisher, « cette subvention permettra aux partenaires de répondre aux besoins prioritaires immédiats, mais elle ne sera pas suffisante pour leur permettre de relever les nombreux défis auxquels ils devront faire face cette année ». Cette médiation doit beaucoup aux médias et ONG d’origine française en générale.
Comme on le voit, la médiatisation des crises humanitaires prend place aujourd’hui parmi les outils de techniques de lever de fonds et se mutualise de plus en plus à l’intérieur et à extérieur des zones de crises par des acteurs internationaux et locaux. Son caractère cliché et le laxisme des médias internationaux soutenus par des enjeux géopolitique et stratégique ne sont l’ombre d’aucun doute comme démontré tout au long de notre dossier de recherche. Néanmoins, elle contribue à la production de données (base de données) qui contribuent à la production des normes internationales même si leur application reste des fois à désirer.
En outre, c’est surtout la crise du tiers-mondiste des années « 80 », qui marquent la remise en cause des pensées du développement qui n’a pas tenu sa promesse, qu’on voit que des thématiques comme : droits de l’Homme, développement social vont perdre place. Car, des séries de crises mobilisent les humanitaires, une mobilisation caractérisée par des discours, l’enthousiasme, émotion, soulagement, gratitude, etc. Cependant, il en résulte des effets pervers qui ne sont l’ombre d’aucun doute. Des effets non intentionnels, contre productifs, non voulus que HIRSCMAN qualifie de ‘’rhétorique réactionnaire‘’. Le culte de l’assistanat, Kit mental sont illustratifs entre autres.
Extrait d’une étude de cas Les effets pervers de l’humanitaire Banda Aceh (Indonésie)
« L’arrivée massive des ONG a modifié la vie quotidienne des Indonésiens. Si les bénéfices de ces opérations, sur le terrain, sont visibles et indéniables, les effets pervers de cette gigantesque campagne humanitaire n’ont pas tardé à se faire sentir ».

« Sentiment d’ingérence »
Entre Banda Aceh, la capitale provinciale, et le petit village de Lhoong, la route cahoteuse est jalonnée par des dizaines de pancartes annonçant les programmes en cours et les noms de leurs promoteurs : Usaid, Croix-Rouge australienne, Oxfam, Nations unies. .. Le parcours ressemble à un supermarché de l’humanitaire sur lequel convoient des 4 x 4 floqués aux couleurs des différentes ONG. Au Bureau national de la rénovation et de
la réhabilitation (BRR), on a peu apprécié qu’un drapeau géant turc soit planté à Banda Aceh juste à côté de l’étendard indonésien d’une taille moins impressionnante. Ce sentiment d’ingérence est partagé par une partie de la population, fière de sa culture et de ses racines.

« Inflation »
Les valises de dollars et d’euros, qui ont inondé l’île de Sumatra, ont certes contribué à la reconstruction. Mais, elles ont aussi créé une bulle spéculative. « Pour l’achat d’un terrain, le prix du mètre carré a été multiplié par cinq », relève Rinaldi, humanitaire à l’association Triangle. Les habitants ont pâti les premiers de cette flambée des prix, s’interdisant d’acheter avec leurs maigres économies un lopin de terre. Le coût de la vie élevé est aggravé par une inflation rampante.

« Assistanat »
Dans une région où il tombe trois mètres d’eau par an, avec des rizicultures à perte de vue et des mers poissonneuses, Sumatra n’est plus en situation de dépendance alimentaire. Pourtant, quelques ONG distribuent encore de la nourriture ou de l’argent. Une situation qui n’incite pas les hommes à retourner aux rizières. Ces derniers préfèrent attendre leur colis, chaque semaine, plutôt que de payer de leur sueur une récolte harassante. Les bénéficiaires jouent sur le manque de coordination des ONG pour glaner quelques rupiahs (monnaie locale) supplémentaires. Des chefs de village font monter les enchères pour s’attirer le projet humanitaire le plus rémunérateur. Les risques ne sont pas minces. La région, encore sous perfusion, risque de ne pas se relever après le départ des dernières ONG. Aucun nouvel investisseur étranger ne s’est installé sur l’île.

« Corruption »
Des faits de corruption à grande échelle n’ont pas été relevés pendant ces deux ans de reconstruction. Mais, de l’avis des différents humanitaires rencontrés, il est de coutume de laisser une commission à l’entreprise ou même au pouvoir local lors de la signature d’un marché. Dans son rapport sénatorial de février dernier, concernant l’aide humanitaire apportée après le tsunami, Michel Charasse (PS) notait qu’il est « établi que la réception de marchandises par l’armée, plutôt que par les autorités civiles, a pu donner lieu dans certains cas à des prélèvements », qui ont ensuite fait l’objet de reventes sur les marchés locaux (vêtements, lait ou sucre)

« Prosélytisme »
«Les premières semaines, nous avons vu arriver des gens qui n’avaient pas grand-chose à voir avec l’humanitaire. La misère reste un bon terreau pour véhiculer ses idées », remarque un fonctionnaire des Nations unies. Les observateurs internationaux ont noté la présence de scientologues juste après le tsunami. Pour sa part, l’ancien gouverneur de la province indonésienne d’Aceh a fustigé, dans un communiqué, le prosélytisme de certaines associations chrétiennes, principalement anglo-américaines, dans une région composée en majorité de musulmans.

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